29 mars 2019

" Les gens qui n'aiment pas le vélo nous ennuient, même quand ils n'en parlent pas. " ( Michel Audiard



Ciao a tutti,

Nous avons tous dans un coin de la tête un extrait de dialogue signé Michel Audiard … Du « Cave se rebiffe » à « Mélodie en sous-sol » en passant par le cultissime « Les Tontons flingueurs » …
Michel Audiard a eu dix mille vies : Enfant de choeur, soudeur à l’autogène, dialoguiste, journaliste, écrivain, réalisateur, menteur professionnel et surtout cycliste fou amoureux du vélo. Cela vaut bien un petit billet de bonne humeur !
Enfant né de père inconnu le 15 mai 1920, il est délaissé par sa mère à un vague oncle parisien qui deviendra plus que son père. C’est dans le quartier du parc Montsouris qu’il traversera une enfance parfaitement heureuse auprès de l’oncle Léopold. L’école l’ennuie profondément, mais un professeur de français lui fait découvrir la littérature, véritable révélation. Il lit jusqu’à deux à trois livres par jour, Balzac, Jules Verne, Leblanc, Stendhal et Rimbaud qui devient une passion. Michel A. adore le cinéma, les livres et le vélo ( mais il est trop pauvre pour en posséder un ). Son oncle lui promet l’objet de ses rêves s’il décroche le Certificat d’Etudes. Chose faite à 13 ans avec mention bien, grâce à la gymnastique et au solfège … Mais un huissier saisit son rutilant « Génial Lucifer* Demi-Course » suite aux problèmes financiers de l’oncle Léopold. Il en gardera une haine viscérale et farouche pour les huissiers, les représentants de l’ordre établi et traitera l’argent avec une désinvolture cynique. A 15 ans, il quitte définitivement l’école et obtient un CAP de soudeur. Travaillant pour tout le quartier, il peut enfin toucher du doigt le Nirvana : s’acheter un vélo ! Par le biais d'un copain, il travaille chez un fabricant d’optique de précision et pendant son temps libre, il dévore Proust, Céline et sillonne Paris sur son vélo tout neuf : le rêve ! Fou de la petite reine, il pédale tout le temps, par tous les temps et participe même à quelques courses en amateur, mais il n’arrive pas à monter les côtes … Grâce au vélo, il devient livreur, pour un libraire ( ! ).
* Marque pour laquelle courut Robic.

Lors de l’hiver 1938, il se rend au Vél' d’Hiv’, le temple du vélo dans le quartier de Grenelle, rue Nétalon, dont il écume les travées.Il se met en piste et croise alors André Pousse qui avant de devenir l’acteur à la gouaille incomparable était coureur cycliste amateur. Entre 1942 et 1949, il fut même coureur cycliste professionnel. Pistard émérite, il se spécialise dans les courses de six jours, très populaires à cette époque. Il faut noter, comme il aimait le rappeler avec humour, qu’il est le détenteur du record du tour du Vél’ d’Hiv … « Ils me battront plus puisqu’ils ont cassé le Vél’ d’Hiv ! ». Michel A. sympathise donc avec André Pousse qui le prend sous son aile et le conseille. C’est avec le maillot blanc cerclé de bleu du Vélo Club Clodoaldien ( Saint Cloud ) qu’il roule sur la piste d’érable du célèbre vélodrome. Les côtes resteront à jamais ses ennemies intimes et viendront à bout de ses velléités de carrière dans le vélo, mais la piste lui procurera des émotions intenses et inoubliables. Ces bons moments auraient pu durer si la seconde guerre mondiale n’avait pas démarré … Puis vint le cinéma, mais ce n’est pas l’objet du moment et d’autres en ont parlé bien mieux que je ne pourrais le faire.

Les deux seuls regrets de michel Audiard sont de n’avoir pu être coureur cycliste et de n’avoir pu adapter au cinéma le « Voyage au bout de la nuit » de Louis-Ferdinand Céline.

Comme le souligne José Alain Fralon dans la revue Schnock : « faute de pouvoir être le héros du vélo, le p’tit cycliste, comme le surnommait Jean Gabin, en deviendra le hérault. »

Les amis et le vélo seront ses compagnons de route, de chaque instant et de toute sa vie, chacun recevant son dû rhétorique et cycliste. A l’image de sa relation amicale avec Lino Ventura dont il disait : « Lino et le vélo, laissez moi rire cinq minutes. Il fait du vélo comme un facteur fait du vélo. Il se déplace à bicyclette, voilà … Parce que vélo et bicyclette, c’est pas du tout la même chose. Un vélo, c’est censé être un vélo de course, un vélo de compétition. Non, Lino fait de la bicyclette. Mais il a un vélo. Voilà, c’est ça qui est paradoxal, parce qu’il fait de la bicyclette sur un vélo … C’est là que c’est compliqué … ».

Pour terminer, je laisse le soin à Philippe Delerm d’épiloguer sur la liaison entretenue par Michel Audiard avec le vélo dans « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules »:
« Michel Audiard en knickers et chaussettes hautes s’arrête pour boire un verre de blanc au comptoir d’un bistrot : c’est du vélo. Un adolescent en jeans descend de sa monture un bouquin à la main et prend une menthe à l’eau à la terrasse : c’est de la bicyclette. »
Pour ceux qui voudraient se régaler, voici un petit film passé sur Arte. 52 minutes de bonheur … C’est ici https://vimeo.com/142744027

Pour finir et pour tout le monde, quelques minutes de grand bonheur : Gabin qui discute vélo et donne un leçon de cyclisme sur le zinc d’un bistrot dans le film « Rue des prairies » de Denys de La Patellière ( 1959 ) - scénario et dialogue de Michel Audiard -
Image du jour : Pedro « quand il n’y en a plus, il y en a encore ...

Rendez-vous à « l'Ambassade » à 08H45 pour le ristretto sur le zinc et départ à 09H00 dans la joie et la bonne humeur sur des routes ensoleillées.

A presto sulla bicicletta.

Gianpietro. 

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