22 mars 2018

Le vélo à la Comédie Française ....

Ciao a tutti,



Le vélo est entré à la Comédie Française ! Et par la grande porte, s'il vous plaît …

En effet, Nicolas Lormeau, 526ème sociétaire de la Comédie Française, nous a donné son interprétation et sa conception du recueil d'Albert Londres intitulé « Les Forçats de la Route » dans le cadre de « Singulis ». A. Londres a couvert toutes les guerres de son époque et décrit tous les grands mouvements politiques, géopolitiques et sociaux du monde entier d'alors, donnant au journalisme de reportage et d'intégrité ses plus belles lettres de noblesse, ses plus belles pages. Il a d'ailleurs décrit sa vision du métier en ces termes : « Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de choeur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans la corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. ». Il a observé, témoigné, dénoncé, s'attirant souvent le ressentiment de nombreux hommes de pouvoir.


Nicolas Lormeau, féru de vélo, campe le personnage du célèbre journaliste et fait revivre « Les Forçats de la Route » sur les célèbrissimes planches parisiennes. Seul en scène, il redonne vie à des textes qui continuent malgré le temps de résonner dans la tête des passionnés … Dans cette chambre d'hôtel depuis laquelle il écrit ou dicte les articles qui vont l'associer à la légende du Tour à l'image d'un Dino Buzzati pour le Giro d'Italia, l'acteur nous fait entrer dans la tête et le coeur du journaliste. L'Albert Londres de Nicolas Lormeau installe définitivement l'oeuvre dans le répertoire, un répertoire presque lyrique …

Petite histoire pour ceux qui ne connaissent pas : en 1924, il porta la plume dans les plaies des coureurs du Tour de France cycliste sans y avoir été préparé. Envoyé comme correspondant pour le journal « Le Petit Parisien », il côtoie pour la première fois ces égarés, ces forçats de la route. C'est ainsi qu'en conversant Au Café de la Gare de Coutances avec les frères Pélissier poussés à l'abandon par la dureté de la course, il entend des propos propres à écorcher l'aura et la réputation de la grande épreuve cycliste : « Vous n'avez pas idée de ce qu'est le Tour de France, c'est un calvaire. Et encore, le chemin de croix n'avait que quatorze stations, tandis que le nôtre en compte quinze ! ». ( Voir la célèbre photo qui a immortalisé la scène ci-dessous. ) Au cours des quinze étapes de cette édition longue de plus de 5400 kilomètres, Albert Londres découvre l'envers du décor, la rocaille et la poussière, les règlements abusifs promulgués par les organisateurs, les substances frénétiquement absorbées par les coureurs, et ne tarde pas à en faire écho par voie de presse en publiant un article à sensation sous le titre « L'abandon des Pélissier ou les martyrs de la route ».


Avec son oeil neuf, son étonnement est total face à ces quelque cent-cinquante hommes roulant « à la dynamite » comme il l'a écrit … Vélos sans dérailleur lancés sur des routes qui n'en avaient que le nom ou qui n'en étaient pas … Etapes de montagne où tous risquent leurs vies à chaque descente …Etapes de plaines ( de peines ? ) où les silex déchirent autant les boyaux que les mollets … Etapes au cours desquelles la poussière brule la peau et les yeux … Monument littéraire, récit d'un autre temps …
Le titre de son second opus sur le vélo résume bien sa vision : « Tour de France, Tour de souffrance »




Extrait : « Vous pouvez venir les voir, ce ne sont pas des fainéants. Pendant un mois, ils se sont battus avec la route. Les batailles avaient lieu en pleine nuit, au petit matin, sous le coup de midi, à tâtons, dans le brouillard qui donne des coliques, contre le vent debout qui les couche par côté, sous le soleil qui voulait, comme dans la Crau, les assommer sur leur guidon. Ils ont empoigné les Pyrénées et les Alpes. Ils montaient en selle un soir, à dix heures et n'en redescendaient que le lendemain soir, à six heures, ainsi quel'n put le constater des Sables-d'Olonnes à Bayonne, par exemple. Ils allaient sur la route qui n'était pas à eux. On leur barrait le chemin. A leur nez, on fermait les passages à niveau. Les vaches, les oies, les chiens, les hommes se jetaient dans leurs jambes. Ce n'était pas le grand supplice. Le grand supplice les a pris au départ et les mènera à Paris. Il s'agit des autos. trente jours durant, ces voitures ont raboté la route sur le flanc des coureurs. Elles l'ont rabotée en montant, elles l'ont rabotée en descendant. cela faisait d'immenses copeaux de poussière. Les yeux brûlés, la bouche desséchée, ils ont supporté la poussière sans rien dire. Ils ont roulé sur du silex. Ils ont avalé les gros pavés du Nord. Les nuits, quand il faisait trop froid, ils s'entouraient le ventre de vieux journaux. Dans la journée, ils se jetaient des brocs d'eau sur leur corps tout habillé. Ainsi, ils arrosaient la route jusqu'à ce que le soleil eût séché leur maillot … ».

A lire absolument !

Image du jour :


Météo annoncée ( et méritée ! ) :


Rendez-vous à « l'Ambassade » à 08H45 pour le stretto della Primavera et départ à 09H00 dans la joie et la bonne humeur sur des routes ensoleillées.

A presto sulla bicicletta.

Gianpietro.


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