25 janv. 2018

Le Giro, c'est la vie. C'est l'Italie qui revit ... ( E. Fottorino )

Ciao a tutti, 



La météo du moment nous incitant à lire plutôt qu'à rouler, je vais vous parler d'un livre qu'un ami m'a offert ( il se reconnaitra ! ) et qui m'a enthousiasmé : « Sur le Giro 1949 » de Dino Buzzati.
Dino Buzzati est surtout connu pour son roman paru en 1940, « Le Désert des Tartares » et adapté au cinéma par Valerio Zurlini en 1976. Peintre et écrivain italien, il fut aussi un brillant journaliste au Corriere della Sera. Ce dernier lui demanda d'être l'envoyé spécial du « giornale » sur le Giro de 1949. Pour rafraîchir la mémoire des plus jeunes ou des américains, le Giro 49 a été marqué par le duel épique entre Fausto Coppi et Gino Bartali, deux légendes s'affrontant sur les routes italiennes. Des étapes allant jusqu'à 298 kilomètres, plus de neuf heures de selle parfois sur les étapes de montagne … 
Ce livre est né d'une idée de Claudio Marabini, qui lors d'un colloque consacré à Dino Buzzati à Venise a fait une communication intitulée « Dino Buzzati au Giro d'Italia ». Cet exposé étant inspiré par la série de vingt-cinq reportages que l'écrivain avait publiés dans le Corriere.

Comme le dit fort justement Eric Fottorino dans sa magnifique préface : « Le cyclisme, le journalisme pratiqué par un écrivain, et quel écrivain ! La machine à rêve pouvait tourner à plein régime … ». A l'instar d'un Antoine Blondin quelques années plus tard sur le Tour de France, Buzzati va donc nous livrer quotidiennement « sa » vision d'un univers qui lui était jusqu'alors complètement étranger. En effet, il n'avait jamais vu une course cycliste de sa vie et était adepte de l'alpinisme et du golf ! Etape après étape, grâce à son sens du récit et à son imagination, chaque coureur devient un héros de tragédie, un héros de légende. Les décors de leurs souffrances et de leurs joies sont alors magnifiés par la plume de l'écrivain, une Italie renaissante à travers le vélo et ses tifosi … Son regard de néophyte se porte sur les coureurs reconnus comme sur les humbles du peloton. Leurs forces, leurs faiblesses sont mises en lumière avec enthousiasme et spontanéité. Les gestes sont décrits avec des mots et des images inédits pour un amateur de vélo. Sa naïveté n'entache en rien la précision de ses descriptions d'un monde qu'il découvre pourtant. Que dire de son étonnement face à l'ingéniosité technique du moment. Régalez vous avec sa sublimation des « gambe ». 

Extrait : « La bicyclette a deux roues, l'une qui oriente, l'autre qui la fait se mouvoir ; l'une obéit au cerveau lorsqu'il faut décider si l'on va à gauche ou à droite, l'autre obéit aux jambes, nos jambes de professionnels : lorsqu'on les touche, on s'écrie : « Mais c'est du bois, ça ! ». Et pour chacune de ces jambes, il y a une pédale. Les pédales. Voilà le calvaire. Jamais, au grand jamais, elles ne seront contentes : quand l'une est en haut, sa jumelle est en bas et chacune veut imiter l'autre ; elles continuent de la sorte à se courir derrière et ne se rejoignent jamais, au grand jamais. Et pourtant, qui aurait le courage de refuser ? Quand l'une est en haut, nous la poussons vers le bas, puis c'est le tour de l'autre, sinon ce serait une injustice. Et les pédales entraînent le plateau, le plateau entraîne la chaîne, la chaîne entraine le pignon, le pignon entraîne la roue et la roue nous entraîne, nous, et c'est ainsi qu'on avance, qu'on avance ...
Les jambes ! Voilà le grand problème ! Certains les ont dures et noueuses, d'autres longues et fuselées à l'instar des ballerines ; l'un a des cuisses de porc, l'autre des cuisses d'échassier, mais elles sont toutes magnifiques, et fortes, et courageuses, et obéissantes. Nos pauvres jambes ! Misérables, esclaves, couvertes de bleus, velues, susceptibles et fatiguées, elles conduisent, conduisent cette pauvre petite machine que l'on appelle vulgairement la vie. »

La fin du livre est déjà connu … C'est Coppi qui gagne ! Mais, surtout ne manquez pas les chapitres dans lequel Buzzati compare Bartali et Coppi à Hector et Achille … Des héros! Vous dis-je ! Un régal !

Alors, courez acheter : « Sur le Giro 1949 » de Dino Buzzati aux éditions « So Lonely ». Préface alléchante d'Eric Fottorino. 14 € chez tous les bons libraires.


Aphorisme du jour : « La vita è troppo corta per usare bici di merda »

Image du jour :


Météo Prévue :


Rendez-vous à « l'Ambassade » à 08H45 pour le stretto letterario et départ à 09H00 dans la joie et la bonne humeur sur des routes ensoleillées !

A presto sulla bicicletta o sugli sci.

Gianpietro.

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