12 avr. 2013

Le vélo dans le rétro ...

Ciao a tutti,
                                                                                               
Vous aimez lire, cela tombe bien ! Moi aussi !

Ainsi je souhaite vous faire partager quelques pages de ma dernière lecture : " Le dos crawlé " d'Eric Fottorino. Vous vous souvenez peut-être du sympathique cadeau de Riko, " Petite éloge de la bicyclette " du même auteur …
Je ne vous recommanderai pas impérativement pas de lire dans son entier ce dos crawlé … Livre agréable certes mais qui ne restera pas dans mes livres de chevet. Cependant, je me propose de vous en citer un extrait ayant bien sûr attrait au vélo. Il me rappelle un petit billet que j'avais fait sur ma nostalgie des visites à l'atelier du " Père Raton " …

Avant propos : le narrateur est un enfant de treize ans ( ce qui explique le style ) qui raconte ses vacances chez son oncle Abel, au cours desquelles il rencontre la belle petite Lisa, et ...
" … Un matin qu'on s'ennuyait avec Lisa un monsieur s'est présenté à la porte de la maison. Oncle Abel était parti en tournée. J'ai reconnu le père Juillet avec son vélo chromé qu'il tenait contre lui. Il avait l'âge d'être déjà mort mais il se promenait en short de jeune homme avec des jambes toutes fines et un petit paquet de muscles qui lui étaient tombés comme deux boules de nerfs sur les mollets. Il avait plus un poil aux pattes. On voyait ses veines bleus pareilles à des fleuves qui se jetaient du haut des cuisses jusqu'aux chevilles et ça ressemblait à des sculptures qu'oncle Abel ramenait parfois de ses sorties.

Le père Juillet s'appelait Jean mais j'osais pas l'appeler Jeannot comme il me demandait. A cause de sa taille de géant et de son regard de bagarreur qui avait bouffé du goudron tant et plus quand il était une terreur de l'Ouest empoignant son guidon tel un cow-boy avec son colt. Oui le meilleur sprinter qu'on avait connu sur les routes du Poitou. Pendant la guerre c'était déjà un acrobate mais dans le ciel. Il se vantait d'avoir pris cent fois l'avion sans avoir jamais atterri à cause qu'il sautait en parachute. Mon oncle Abel l'appelait " le Grand " et c'est pas seulement sa taille qui le hissait en adjectif. Le père Juillet était un monument qu'on pouvait visiter dans son magasin de cycles près du port. Fallait le voir en même temps que l'écouter lorsque au milieu des vélos et des roues suspendues de son atelier sa longue blouse d'instit enfilée de traviole et le bouton du lundi dans le trou du mardi il se mettait à raconter sa victoire sur le plancher des vaches dans le Bordeaux-Saintes 1950. " Le bitume fondait et l'eau bouillait dans les bidons tu m'entends mon p'tit gars. Et pour finir des trombes d'eau sur le vélodrome de Saintes où j'en ai fait péter un coup ! "

Alors le grand escogriffe attrapait dans le vide un guidon imaginaire et mâchait son chewing-gum comme un dément. Un oeil à demi fermé et l'autre bien ouvert pour vérifier que je suivais. C'est qu'il fallait s'accrocher avec le père Juillet quand il vous baladait dans les pelotons. Avec lui le vélo était une sorte de bateau. On partait en voyage avec armes et sans bagages nez au vent et tant pis si ça décrochait derrière. Dans sa roue y avait pas la place pour les feignants ! Il remplissait son bidon de breuvages explosifs où il mélangeait du cognac avec des jaunes d'oeuf. Un après-midi d'été que j'étais venu acheter des rustines il m'avait emmené dans son antre. J'avais été témoin de folles histoires d'échappées et de coups de bambou racontés en photos d'autrefois.

Au moment de repartir ce fut avec un vrai maillot offert par la maison. Il était vert à bandes blanches. Des poches étaient cousues à l'arrière comme pour réfugier un bébé kangourou. Je promis que d'accord monsieur Juillet je tâcherai de devenir un coureur quand je serai grand. Le maillot grattait au cou. Malgré le cagnard je l'aurais ôté pour rien au monde.

" L'est pas là Abel ? a demandé le vieux cycliste.
- Non m'sieur. Il a rentré deux vélos hier soir si ça vous intéresse. "

Le père Juillet a déposé sa bécane contre le mur en faisant gaffe à pas râper le tresse de son guidon au torchis de la maison. Il a marché sur le dallage avec ses chaussures de coureur qui faisaient un bruit de ferraille. Je connaissais personne d'autre que lui pour se déplacer avec le dos cambré comme le toréador sur les tubes de dentifrice Email Diamant. Les mains sur ses reins le père Juillet ressemblait au Cordobès d'après les affiches que j'avais vues. " C'est pas jeune tout ça " a soupiré le coursier en inspectant les vélos. Il a frotté son doigt sur le tube du premier pour dégager la poussière qui cachait la marque puis il a donné des coups d'ongle dans le métal des fois que ça serait de l'alliage. A sa tête j'ai vu qu'il était surpris. " Un La Perle ! " Il a sifflé entre ses dents. " Anquetil avait le même. Ça vous dit quelque chose, Anquetil, les enfants ? " Moi et Lisa on a fait non de la tête alors il a grimacé en soufflant sur ses doigts. " La roue tourne et moi avec " il a dit tout bas. Il nous a demandé pourquoi on filait pas à la mer avec ce soleil. Sans attendre notre réponse il avait déjà enfourché sa bécane et on l'a regardé qui s'éloignait sur l'avenue le dos rond et la visière de sa casquette abaissée sur la nuque comme les coureurs du Tour de France quand ils veulent fausser compagnie à la terre entière. Lui c'était la " muerta " qu'il voulait semer. Ou la camarde ou la camarade. Je comprenais pas bien ce qu'il crachotait entre ses dents vu qu'il était déjà presque plus là … "

Sympathique, non ?

Aphorisme du jour : " Le cheval et le ski, la voile ou l'aviation ont des règles, des écoles et même des chapelles. Le vélo n'a que des légendes. Le cyclisme pédale dans le sillage de ses héros ou de ses souvenirs. " ( Jean Bobet - Cycliste moins connu que son frère, mais vainqueur de Paris-Nice 1955 et troisième de Milan-San Remo 1955 tout de même - )

Rendez-vous à " l'Ambassade " pour le stretto vecchio à 08H15 et départ à 08H30 dans la joie et la bonne humeur sur des routes ensoleillées, senza me, sarò a Milano !

A presto sulla bicicletta.

Damiano.

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