22 juin 2012

The last but not the least ?

Ciao a tutti,

Pour ceux qui aiment ce rendez vous hebdomadaire, profitez en car ce pourrait bien être le dernier … Pour ceux qui qui n'aiment pas, le soulagement est peut être pour bientôt … En effet, aujourd'hui, c'est mon anniversaire ( Happy birthday to you, happy birthday to you … Merci, les gars, c'est sympa ! ). Le détail qui tue ( Et c'est le cas de le dire ! ) est que selon une étude suisse, j'ai 14 % de risque en plus de mourir ce jour. Les causes de ma mort presque annoncée vont de la crise cardiaque, en passant par le cancer, à la chute et au suicide ! Bref, comment passer du gâteau d'anniversaire au gâteux incontinent urinaire ...

Avant d'éventuellement partir, je veux vous faire partager un extrait d'une de mes ( dernières ? ) lectures qui résume bien le sport que nous aimons. Je le tire du " Dictionnaire amoureux du Tour de France "  de Christian Laborde ( Plon ). Bonne lecture …

                                                                                                                                        

KOBLET ( Hugo )

Bizarrement, aucune place, aucune rue d'Agen ne porte le nom d'Hugo Koblet, lequel, le 15 juillet 1951, sur son vélo La Perle, fait une entrée victorieuse, éblouissante dans une ville où les nouveau-nés, le cordon ombilical à peine tranché, chaussent des crampons de rugby.
Ni place, ni rue : Hugo mériterait qu'un square portât son nom. Un square, avec des bancs verts et des vieux. Ils porteraient des vestons gris, des pantalons en bleu de chauffe, une casquette pareille à celle que portait Julien Darui dans la surface de réparation. Ils auraient, dans la poche de leur futal, un Opinel, et la jeune touriste qui s'approcherait d'eux, un portable rose à la main, hypergirly, photographierait la plaque portant le nom d'Hugo Koblet. Elle leur sourirait. Elle leur demanderait :
    " Qui est Hugo Koblet ?
    - Hugo Koblet, mademoiselle, Hugo Koblet c'est Brive-Agen.
    - Il jouait au rugby ? 
- Non, mademoiselle, Hugo ne jouait pas au rugby … C'est vrai que Brive-Agen, on dirait une finale. Et il y en a eu, des Brive-Agen, croyez bien ! Des sacrés chocs, vous savez, car devant, c'est pas des tendres. Hugo aurait fait un beau numéro 10. Un très beau numéro 10.
    - Il était beau ?
    - Il était magnifique, mademoiselle. On l'appelait " le Pédaleur de charme ". C'est un chansonnier, Jacques Grello, qui l'avait surnommé ainsi. Pierre Chany, dans le premier article qu'il lui avait consacré, parlait d'un jeune homme " aux grands yeux couleur de lac ". Et dans le lac, mademoiselle, la jeune fille qui, à l'arrivée, lui remettait le bouquet,
        ne songeait qu'à plonger. Et Hugo souvent emportait avec lui et le bouquet, et la jeune fille.
    - Son truc, c'est le vélo ?
    - Exactement ! Le vélo, oui, le Tour de France. Hugo, c'était le roi de l'échappée. Il faisait partie de ces gens qui s'en vont, qui vont voir ailleurs s'ils y sont.
    - Il est mort ?
    - Oui, mademoiselle, il est mort.
    - Et comment est-il mort ?
    - Une biche, je crois, mademoiselle. C'était le 2 novembre 1964. Hugo conduisait son Alfa Romeo blanche sur la route d'Uster. Il conduisait vite ce jour là. Mais Hugo était un excellent pilote, et la route était sèche. L'Alfa Romeo a quitté la chaussée aux abords d'un garage, à un endroit où des biches traversent, puis elle s'est écrasée contre un             arbre. Hugo aimait les arbres, singulièrement les peupliers qui, en France, bordent les départementales. Il est mort à l'hôpital d'Uster , le 6 novembre à 1 h 44' 4'' . Et la biche qui lui a fait les yeux doux a disparu dans la forêt. Et des biches, on en a plus revu sur la route d'Uster …
    - C'est une belle histoire que vous me racontez, monsieur ... Et Brive-Agen ?
    - Brive-Agen, c'est encore plus beau. C'est le Tour de France 1951, celui qu'Hugo a remporté. Vous aimez les chiffres ?
    - Je préfère les objets.
    - Bon ! Eh bien, quand on parle de Koblet, l'objet, c'est le peigne.
    - J'aurais dit la bicyclette.
    - La bicyclette n'est pas un objet, mademoiselle, c'est une princesse, une reine, la Petite Reine.
    - Et pourquoi le peigne ?
    - Parce que Hugo gardait toujours un peigne dans une des poches de son maillot. Et, la ligne franchie, il se donnait toujours un coup de peigne avant d'embrasser la jeune fille qui lui remettait le bouquet. Il lui arrivait même de se repeigner pendant la course.
    - Vous vous moquez de moi …
    - Je ne me permettrai pas, mademoiselle, ce que je vous dis est vrai. Ecoutez. En 1950, un excellent coureur français, André Mahé, dispute le Tour de Suisse. Et Mahé qui était un costaud abandonne. Et pourquoi abandonne-t-il ? Parce que dans la montagne, dans les cols les plus durs, un coureur monte à ses côtés, en lâchant le guidon pour se
        donner un coup de peigne. Ce coureur, c'est Hugo Koblet.
    - Il faisait cela pour frimer, pour le décourager.
    - Pas du tout, mademoiselle. Koblet était la courtoisie même. Non, il voulait simplement franchir les sommets bien coiffé.
    - C'était vraiment un homme élégant.
    - Oui, mademoiselle. Elégant sur son vélo et dans sa façon de courir, dans ses commentaires, ses confidences. En 1951, Hugo est maillot jaune, et Coppi s'échappe dans la montagne, lors de la 20ème étape, Gap-Briançon. Hugo est sur le point de rejoindre Fausto, l'immense Fausto, l'un des plus beaux oiseaux que le bon Dieu ait dessinés.             Hugo voudrait que Fausto remporte l'étape. Il ne peut pas non plus le laisser gagner, car il le respecte trop, vous comprenez …
    - Je comprends. Alors qu'a-t-il fait ?
    - Il a crevé, mademoiselle, il a crevé. Et Fausto gagne à Briançon. Et, le soir, Hugo a confié à ses amis : " C'est la plus belle crevaison de ma vie. " L'exploit, l'élégance, la courtoisie, tel était Hugo.
    - Vous avez évoqué un chiffre.
    - Mais vous avez dit ne pas aimer les chiffres.
    - C'est vrai, mais j'aime Hugo.
    - Eh bien, le chiffre, c'est 135. Une échappée d'Hugo Koblet, c'est 135 km. Pas un de plus, pas un de moins. Et toujours en solitaire.
    - Comme Brive-Agen, j'imagine.
    - Oui, comme Brive-Agen, le dimanche 15 juillet 1951. Mais cela avait commencé bien avant et ailleurs.
    - Où ?
    - Chez lui, en Suisse, en 1944. Hugo remporte, cette année-là, sur un vélo prêté par un ami, le Tour des Quatre-Cantons, dans la catégorie Juniors, après une échappée solitaire de … 135 km.
    - Et que fait-il pendant tous ces kilomètres, à part pédaler ?
    - Il pédale, mademoiselle, sans bouger le buste. Les jambes tournent régulièrement. Il est en ligne, il est beau. De temps en temps, il se recoiffe. De temps en temps, le soleil du Lot est brûlant, il passe sur son front une petite éponge qu'il conserve dans une des poches de son maillot.
    - Et ses adversaires, ils ne font rien ?
    - Détrompez vous, mademoiselle. Ils jettent toutes leurs forces dans la bataille pour revenir sur lui. Et les " ils " en question, mademoiselle, c'était pas de la gnognotte !
    - C'était qui ?
    - C'était Coppi, c'était Magni, c'était Bartali, c'était Bobet, c'était Robic, c'était Ockers, c'était Geminiani. Ils se sont relayés pendant 135 km sans jamais lui reprendre la moindre seconde. Hugo gagne à Agen avec 2' 25'' d'avance. Une victoire par KO . Savez vous, mademoiselle, qui avait donné le départ de l'étape à Brive ?
    - Qui ?
    - Ray Sugar Robinson. "

C'est beau comme un gâteau d'anniversaire … C'est tout le vélo, sa poésie, son esthétique, sa difficulté, ses légendes … C'est tout le vélo et c'est beau !

Aphorisme du jour : " Chaque mois de juillet surgit magiquement un état dans l'Etat : Le Tour de France et cet état confine à l'état de grâce. " ( François Mitterand )

                                                         

Rendez vous à " L'Ambassade " à 07H45 pour le stretto et les bougies, départ à 08H00 dans la joie et la bonne humeur sur des routes ensoleillées.

A presto sulla bicicletta.

Damiano.

Aucun commentaire: